COVID-19 – Détresse d’une citoyenne nogentaise

Ceci est une histoire vraie… liée à la situation sanitaire actuelle.

Pour planter le décor, ma mère, 85 ans, est “ aidante ” de mon père, 89 ans, totalement dépendant.

2/12 – Ma mère est diagnostiquée positive à la Covid-19, après avoir eu quelques symptômes légers. 

5/12 – Une fatigue intense s’installe, si intense qu’elle ne peut plus se lever pour préparer les repas et s’occuper de mon père. Je viens les aider à gérer le quotidien pendant le week-end.

7/12 – Ma mère demande à l’assistante sociale une augmentation des heures d’intervention de l’ADMR (aides à la toilette, repas..). 

Cette dernière lui conseille alors de pallier à ce besoin, temporaire, avec sa femme de ménage (celle-ci ne peut pas intervenir plus, par crainte d’être cas contact). Mais, il est impossible de lui fournir plus d’aides. La discussion finit par “ et votre fille, elle ne peut pas vous aider ? ”

Se pose pour moi un dilemme : aider mes parents en détresse, au risque d’être “ cas contact ” à mon tour et de ne plus pouvoir travailler, ou laisser mes parents s’épuiser seuls…

8/12 – La fatigue de ma mère s’intensifie. Elle ne peut plus manger ni préparer les repas de son mari. L’insuffisance respiratoire étant un symptôme grave de cette maladie, j’achète donc un oxymètre (appareil de mesure de la saturation en oxygène) et je constate une oxygénation bien inférieure à la normale (84 pour une norme entre 95 et 100).

9/12 – La saturation n’ayant pas augmenté, j’appelle le “ 15 ”. Je décris les symptômes, les constantes, mon correspondant me répond que les signes semblent insuffisants et qu’elle risque d’être refusée aux urgences. Par contre, il faut absolument qu’elle soit surveillée quotidiennement par un médecin. 

Le problème majeur est qu’aucun médecin ne fait de visite à domicile sur la zone de Nogent-le-Rotrou.

Aussi, de ma propre initiative,  je décide d’appeler une ambulance pour conduire ma mère aux urgences. Elle est hospitalisée et placée sous oxygène. Elle est parfaitement soignée à l’hôpital.

14/12- Ma mère, ne présentant plus de symptômes graves, rentre chez elle. 

Pendant toute cette période, j’ai pris le relais de ma mère auprès de mon père. Cet épisode de vie a mis en évidence, pour moi, 2 problématiques majeures :

  • La détresse de l’aidante face à sa propre maladie : ma mère ne voyait pas de solution pour la prise en charge de mon père en cas d’hospitalisation, ce qui la poussait à se laisser dépérir. “ Je me suis sentie abandonnée ” a-t-elle dit.
  • L’isolement et la vulnérabilité des personnes âgées face à la maladie, et au Coronavirus en particulier : si je n’avais pas surveillé le taux d’oxygène,  à la place d’un médecin, ma mère n’aurait pas été repérée,  suffisamment tôt, en insuffisance respiratoire et les conséquences auraient pu être pires, voire la conduire en réanimation. J’ai été obligée de prendre en charge médicalement ma mère car AUCUN médecin ne se déplace. J’ai été obligée de prendre une décision médicale avec toutes les conséquences que cela impliquait (hospitalisation) alors que je ne suis pas médecin ! 

Combien de personnes aidantes, isolées sont-elles abandonnées à leur domicile,  en silence, sans suivi médical, sans aide, sans proches pour les soutenir et décider ce qui est le mieux pour eux ? 

Derrière les chiffres de la désertification médicale, des hommes et des femmes sont en grande souffrance. Je l’ai vécu concrètement, pas en théorie. A la colère succède mon besoin de témoigner. 

Sophie Millot

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